Le cinéma Beaubien ne se distingue pas uniquement en étant le seul cinéma de quartier à Montréal, c'est aussi le seul au Québec à être géré par une entreprise d'économie sociale. L'organisme à but non lucratif en question a été mis sur pied conjointement, en 2002, par le comité pour la survie du cinéma et la Corporation de développement économique communautaire (CDEC) Rosemont–Petite-Patrie, tous deux soucieux de préserver l'institution vouée à une fermeture imminente. Depuis, l'établissement de la rue Beaubien s'est taillé une place de choix dans le concurrentiel monde cinématographique et caresse des rêves d'expansion, tout en demeurant attaché au quartier qui le soutient, et qu'il anime.
En 2000, la multinationale Cineplex Loews Odeon, propriétaire du cinéma alors baptisé Le Dauphin, était acculée à la faillite et prévoyait se délester de 75 salles en Amérique du Nord. L'institution de Rosemont, établie depuis 1937 sous le nom de Théâtre Beaubien, était du nombre. Les résidents et les commerçants se sont mobilisés, de même que plusieurs politiciens, en pleine campagne électorale, et se sont tournés vers la CDEC pour les soutenir dans leur démarche de sauvegarde. Ainsi naquit, en 2001, la Corporation de développement Le Dauphin, qui procéda à l'inauguration du cinéma rebaptisé Beaubien à l'automne de la même année. L'organisme changera de nom en mai 2007 pour qu'il reflète adéquatement ses activités.
La mission de la Corporation du cinéma Beaubien assure une niche à l'entreprise. En effet, elle travaille à promouvoir et à favoriser le développement culturel, économique et social en présentant en primeur des films francophones de qualité, qu'ils soient québécois, canadiens ou français. Mission accomplie, puisque Mario Fortin, directeur général et responsable de programmation, a reçu, en 2004, le premier prix Jutra du meilleur exploitant de salle du Québec. Cette distinction signale la reconnaissance, par l'industrie cinématographique, de la contribution du cinéma Beaubien au rayonnement du cinéma québécois.
Comme dans la plupart des cinémas indépendants, le souci de mettre en vedette le septième art se traduit par l'absence d'appareils d'amusement dans le hall et de publicité à l'écran. L'établissement se targue de plus d'offrir aux cinéphiles du maïs soufflé et des gâteries « à prix et formats humains ». Ces particularités affichées avec fierté offrent aux adeptes des grands écrans un contraste rafraîchissant avec les immenses complexes cinématographiques de ce monde.
Le public était au rendez-vous. Moins d'un an après la réouverture, l'entreprise d'économie sociale pouvait déjà se targuer d'avoir maintenu huit emplois, d'en avoir créé dix, en plus d'avoir doublé, voire triplé l'achalandage. Ce succès à la fois social et économique a eu des retombées non négligeables pour les commerces environnants, qui ont vu leur chiffre d'affaires croître grâce à cette affluence grandissante. La réussite a été couronnée par un prix du Concours entrepreneurship de l'est de Montréal dans le volet des entreprises d'économie sociale, et une troisième salle a été ajoutée.
L'année 2005 en a été une de records grâce à la qualité exceptionnelle des films québécois. L'assistance a frôlé les 180 000 personnes, et le taux d'occupation moyen a été de 28%, contre 13,3% pour la moyenne nationale des cinémas (2005). Depuis, les temps sont plus durs pour l'industrie cinématographique. La concurrence des DVD, de la télévision et d'Internet se fait toutefois peu sentir au cinéma Beaubien, qui exploite une part de marché que ces médias couvrent peu. Ainsi, l'entreprise se maintient sur le dessus de la vague et projette la construction de deux nouvelles salles, ce qui ajouterait 140 sièges.
En tant qu'institution de quartier et qu'entreprise d'économie sociale, deux situations qui portent à tisser des liens, le cinéma Beaubien multiplie les partenariats avec les acteurs locaux et culturels. En effet, il est associé au festival des cultures africaines et créoles Vues d'Afrique. De plus, l'entreprise présente des projections gratuites en collaboration avec la Maison de la culture Rosemont-Petite-Patrie. Durant l'été, elles sont destinées plus particulièrement aux familles. L'attention accordée par le cinéma Beaubien à la relève cinéphile se manifeste également dans sa contribution au Festival international de films pour enfants de Montréal, qui a tenu sa dixième édition au cours de la semaine de relâche 2007. L'assistance pour cet anniversaire a doublé comparativement à l'année précédente, atteignant 14000 personnes.
Ce souci de se positionner comme acteur culturel incontournable tout en s'intégrant à sa communauté d'accueil se traduit également dans la composition du conseil d'administration de sept membres. En effet, la majorité des administrateurs sont de simples citoyens des environs. Ils sont néanmoins épaulés par des artisans du domaine, le réalisateur Philippe Falardeau et la comédienne Catherine Trudeau, elle-même Rosemontoise, de même que par une intervenante communautaire jeunesse du quartier.
L'attention et le respect portés aux employés du service à la clientèle se révèlent probablement la contribution sociale la plus notable de l'entreprise. Ceux-ci, syndiqués depuis janvier 2003, étudient presque tous. La partie patronale s'est donc penchée sur les mesures de conciliation travail-études qu'elle pourrait proposer. Comme les milieux examinés mettaient plutôt l'accent sur la conciliation travail-famille, les patrons ont fait preuve d'inventivité. Dans la première convention collective sont inclus des montants forfaitaires à l'obtention d'un diplôme: 250$ à l'obtention d'un diplôme d'études collégiales (DEC), 500$ pour un baccalauréat et 1000$ pour une maîtrise. La proposition est si innovatrice qu'elle a valu à M. Fortin des appels d'entreprises cherchant à implanter des initiatives similaires. L'économie sociale est à l'écoute des besoins du milieu dans lequel elle inscrit et à même de proposer des solutions nouvelles et structurantes.
Pour avoir plus d'information sur cette entreprise, vous pouvez consulter sa fiche dans le répertoire des entreprises d'économie sociale du portail, de même que son site Web.
Mise à jour - Le dimanche 18 janvier 2009